Dzellat

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BET France : to be or not to be, on (french) T.V ?

29 Octobre 2015. L'arrivée de BET (Black Entertainment Television) en France a été discrètement annoncée. La version française de la célèbre chaîne noire américaine, BET France dont le lancement n'est prévue que pour le 17 Novembre, a pourtant déjà fait énormément parler d'elle pour une singulière et affligeante raison :

Elle ne compte aucun animateur(rice) noir(e).

Il y a 8 jours, Christian Dzellat, fondateur de la marque Noir&Fier et du site communautaire NOFI.fr figure de proue de la grogne suscitée par cette impardonnable omission, a rencontré Thierry Cammas P-D.G. de MTV Networks France (propriétaire de la chaîne BET France) et Michael D. Armstrong, Vice-Président de BET U.S. (filiale du groupe VIACOM).

Cette rencontre fait donc suite à la levée de boucliers survenue sur les réseaux sociaux après l'annonce du staff d'animateurs qui (pour l'instant ?) ne fait état de la présence d'aucun(e) membre de la communauté noire.

Sans le vent de protestations qui a soufflé ces dernières semaines sur leurs oreilles, il semble que les dirigeants de BET France n'aurait même pas soupçonner l'incurie majeure et l'ignominieuse outrecuidance d'importer les formules du succès de la légendaire chaîne noire américaine tout en assumant sans vergogne l'absence totale de noir à l'écran !

Après s'être fait taper sur les doigts, ces messieurs auraient repris leurs esprits. En effet, pour échapper à l'opération de boycott lancée à son encontre BET France a émis un communiqué (de crise) sur sa page FB officielle, dont voici un extrait :

"BET est fière d’arriver définitivement en France avec toutes ses valeurs, toute son histoire et toute sa capacité à révéler des talents issus de la black culture, comme elle l’a fait dans tous les pays du monde où elle est diffusée.

Bien entendu, BET en France s’inscrit dans la même approche :

Des projets sont en cours et d’autres présentateurs issus de la black culture rejoindront l'antenne pour vous proposer la meilleure chaîne possible accessible au plus grand nombre."

Voilà. Un message se voulant rassurant et fédérateur au possible. Note du jury : 3/10.

Qu'on se le dise, des talents et des présentateurs "issus de la black culture" sont sur le point d'apparaître en France, dans cette antenne-là. Alleluia.

La "black culture" ?!? Nous supposons que c'est un nouvel idiome médiatique pour désigner les noirs et très certainement tout ce qui vient de l'Afrique (qui sait chanter ou rapper, danser, rigoler) mais qui n'est pas synonyme de guerres, famines, pandémies, etc... La culture noire ? C'est encore autre chose. Cela ne semble pas exister pour les médias d'ailleurs.

Nous sommes bien obligés de le dire, en France être noir ne permet toujours pas d'incarner un Français.

80 ans après qu'Aimé Césaire ait exposé le sens des choses dans son article "Conscience raciale et révolution sociale" dans la revue L'Étudiant noir

31 ans après que Sydney ait poursuivi la lutte dans sa visionnaire et légendaire émission H.I.P.H.O.P (sur TF1 s'il vous plaît !!!)

17 ans après que Lilian Thuram ait marqué l'histoire 2 fois, face à la Croatie...

Les décideurs ont toujours autant de mal à intégrer la présence noire en France, dans l'environnement culturel français et in extenso dans le P.A.F.

Lorsqu'on doit choisir des présentateurs pour une chaîne affirmativement noire (comme on ne peut en créer qu'aux États-Unis) et qu'on décide de faire appel à Raphäl Yem et Hedia Charni (l'un d'origine cambodgienne et l'autre franco-tunisienne - et qui ne sont nullement en cause du reste) pour faire le boulot, il n'y a pas grand chose de bien nouveau à comprendre. Ce n'est qu'une piqûre de rappel de notre situation réelle dans ce pays.

En France, on a autant de mal à considérer le Noir comme son concitoyen qu'à désigner ce concitoyen par cet adjectif. On préfère (en 2015, oui) dire black (quand on ne veut pas faire vieux con réac') au lieu de dire "Noir(e)" ou personne de couleur (si on assume de l'être un peu)... D'ailleurs jusqu'à récemment, tous les non-blancs étaient encore des "gens de couleurs"... L'appellation des citoyens non caucasiens (les étrangers donc selon les récentes mises à jour de l'inutile Nadine Morano) révèle toujours une sorte de malaise indéfinissable quand il s'agit de parler de "ces gens-là".

Maintenant on parle de diversité. C'est pratique, c'est un joli fourre-tout. On n'est pas obligé de dire ce que cela désigne et on peut conséquemment y ajouter ce qu'on veut ou le retirer à sa guise. On peut ainsi évoquer cette nécessaire et providentielle diversité quand il s'agit de débattre de l'égalité entre hommes et femmes ou plus encore sur les avancées des initiatives prisent en faveur des personnes homosexuel(le)s, transgenres, etc.

La diversité, si l'on comprend les choses clairement, intègre donc tout ce qui n'est pas un homme européen (ou occidental) de type caucasien (blanc), chrétien (catholique) de confession et hétérosexuel. En d'autres termes, une version un peu latine du W.A.S.P.

C'est simple, tous "ces gens-là".

Parler d'eux (c'est-à-dire de nous) est déjà difficile, faut-il en plus les voir à télé (en plus du Métro, du R.E.R, du camion des poubelles, de l'épicerie du coin, de la sécurité dans nos centres commerciaux, et dans toutes les équipes de France...) ?

C'est la grande question sur laquelle les médias français n'ont toujours pas réussi à se mettre d'accord. À l'évidence, le P.A.F. essaie depuis longtemps d'intégrer des Roselmack et des Arhab mais "on" préfère toujours un Delahousse ou un Lagache pour nous annoncer les mauvaise nouvelles... Si en plus d'être brillants, ces gens-là se mettent à devenir exigeants, rien n'ira plus. On privilégiera encore longtemps des gentilles cruches blondes comme une Ariane Massenet sur le petit écran au détriment d'une géniale et charismatique Kareen Guiock ou d'une Aïda Touihri.

À la télévision, l'intelligence n'est pas obligatoire (certes, on le savait) mais elle est encore moins requise quand les seules directives sont de faire rire, danser ou taper dans un ballon. Pour ces compétences-là, il y aura toujours de la demande pour de nouveaux talents, et la place ne manquera jamais pour ces enfants que la République se refuse - encore - à regarder dans les yeux.

La question du Noir à la T.V reste quant à elle, en suspens. Faut-il comprendre que l'on est disposé à montrer des non-blancs (asiatique, arabo-maghrébin ou autre), des gens "diversifiés" pourvu surtout qu'ils ne soient pas noirs ? Ou la diversité est-elle finalement composée de valeurs interchangeables et périssables ? Qui se charge alors du casting ?

Pourquoi les carrières télévisuelles de ces professionnels issus de la diversité sont-elles si courtes ?

Est-ce avoir l'esprit mal orienté que de se demander pourquoi c'est (la brillante au demeurant) Aïda Touihri qui remplace Audrey Pulvar dans le Grand 8 ? Nous devrions oser nous confronter plus certainement à ces considérations d'ordre raciale, racialiste voire raciste car nous sommes cernés par les effets absurdes de leurs décisions plus ou moins arbitraires dont la logique ne prend sens, en vérité, qu'une fois analysée sous cet angle.

En tout état de cause, ce qui a provoqué l'ire des internautes est parfaitement clair. On ne peut s'approprier la culture noire, n'en déplaise aux actionnaires de BET France, l'exploiter et s'enrichir à ses dépens sans forcément perpétuer d'une certaine manière une tradition héritée de l'ère coloniale, cette époque pas si révolue, durant laquelle les noirs étaient partout sans que nul ne les voit. Les noirs étaient alors, des êtres dont le regard ne reflétait aucun espoir, des ombres sans âmes, des corps serviles sans vies. Des meubles.

Aujourd'hui, tandis que nos souffrances se transcendent en créativités lucratives illimitées, certains prétendent nous garder dans le bateau mais en fond de cale, ou derrière la réserve, ou dans le placard à balais. Hors-champ en somme.

D'aucuns oseront argumenter que la version française de la chaîne de divertissement afro-américaine se veut elle, ouverte, multiculturelle, non communautaire... pour justifier le choix des animateurs. Là, il faut comprendre une chaîne un peu à l'image de la France d'aujourd'hui et de son modèle de (dés)intégration laïcard.

Si le modèle de projet sociétal dont il est question fonctionnait ailleurs que sur le papier, l'argument pèserait de tout son poids mais il ne fait ici que révéler une hypocrisie dans le traitement de la communauté noire, 100% Made in France pour le coup !

Les progressistes, pseudo-progressistes et réacs de tout poil nous rabattent invariablement les oreilles sur l'inexistence d'une culture noire commune à tous les descendants d'Afrique mais quand il s'agit de consommer sans mesure la dite culture, selon eux orpheline et sans nom, les mêmes langues se taisent pour mieux absorber.

Chaque fois que les noirs prétendent exister en tant que noirs, travailler entre noirs, progresser et avancer pour leurs propres bénéfices... il y a toujours un esprit éclairé pour venir sonner l'alerte au communautarisme, pour leur reprocher leur fermeture, leur faire le procès du racisme à l'envers, ce fameux racisme anti-blanc dont seuls quelques blancs et les consommateurs de pains au chocolat souffrent sans pouvoir définir ni bourreau ni victime.

Nous supposons donc que le communautarisme si il est Made in America, convient. Le même genre de contradiction nous avait laissé perplexe lors de l'annonce du choix de la rappeuse (aujourd'hui retraitée du Rap Game) Diam's en tant que Directrice Artistique de l'extension française de la légendaire Maison Motown.

Why not ? Nous avons toujours été trop ouverts.

Ceci étant dit, nous ne considérons pas pour autant que le fond du problème soit vraiment qu'en France plus encore qu'ailleurs, tout est fait pour que le taux de mélanine des acteurs de la culture noire soit de plus en plus bas, voire inexistant. Laissez donc nos jolies maghrébines (Vitaa, Amel Bent, Kayna Samet, etc) chanter du R'n'B, Grand Corps Malade slammer, Diam's, Sinik, Orelsan ou Nekfeu représenter le vrai rap français... Ils ne sont définitivement pas le VRAI problème.

En 1999 déjà, le Collectif Egalité porté entre autres par l'acteur-réalisateur Luc Saint-Eloi et l'écrivain Calixte Beyala s'emparait de la parole lors de la Cérémonie des Césars pour faire entendre la voix de ceux qu'on ne voit pas et exiger une meilleure représentativité de la France et de sa diversité dans les médias. L'audacieuse stratégie avait porté ses fruits, le débat national était enfin lancé.

Plus tard, la télévison française a réagi en révélant Magloire, Vincent Mc Doom puis d'autres talents indéniablement atypiques. Issus de la diversité.

La visibilité des noirs dans les médias et notamment à la T.V a maintes fois été débattu et nous avons reçu les réponses à la hauteur de notre maturité politique en tant que communauté.

Le problème selon nous n'a jamais été d'être ou ne pas être à l'écran. Le problème, c'est qu'est ce qu'on y fait ou plutôt COMMENT nous y sommes. Nous serons les seuls à blâmer si ce qu'on voit nous diminue, nous insulte, nous avilit ou ne nous satisfait tout simplement pas.

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La chaîne BET France a prévu d'importer massivement la fine fleur de la télévision afro-américaine, ce qui se fait de plus intellectuellement riche, de plus élégant, de plus avant-gardiste...

Talks-shows putassiers, télé-réalités affligeantes et nègres qui s'agitent en costards Gucci, au menu de cette junk food télévisuelle. L'Amérique noire à la fois si brillante et si décadante fuyant la réalité de l'oppression raciste et de la criminalité policière bientôt dans votre salon.

Certains observateurs analysent que l'Histoire des noirs américains ne peut être mise en parallèle avec l'Histoire des noirs en France. Comme si dans la Gaule du XXI ème siècle, les descendants d'Afrique étaient immunisés contre le racisme et les injustices économiques, sociales, politiques,  ainsi que la brutalité des Forces de l'Ordre qui en découlent...

On pourrait donc trouver des liens fraternels et historiques entre les Français et les Québecquois, les Bretons et les Irlandais, les Juifs Ashkanazes et les Juifs Sépharades, entre les Arabes d'Arabie et les Arabes du Maghreb, les Chinois de Chine et les Sino-Américains, entre Silvio Berlusconi et le Parrain, MAIS il n'y aurait aucun lien culturel à établir entre tous les nègres du monde ?????

Come on.

Sur la toile, parmi les virulentes réactions qui ont fleuries sur les réseaux sociaux, l'une d'entre elles a retenu notre attention et susciter notre réflexion. Un internaute s'interrogeait en effet sur l'utilité culturelle de BET France et sur la raison pour laquelle, les noirs en France n'ont toujours pas réussi à créer un média majeur qui fonctionne et travaille dans leurs intérêts. Ces questions méritent d'être méditées.

Comme nous le pensons depuis des années, le peuple est fondamentalement le même. La réponse à ses aspirations et doléances est subtilement différente.